Rubrique économique "Focus" : Lâl Marandin [es]

FOCUS : Lâl Marandin

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1. Présentation

Après une formation d’ingénieur (Ecole Polytechnique, spécialisation en aéronautique et énergétique), j’ai commencé ma carrière dans la fonction publique en tant que manager de projets internationaux du Ministère de la Défense. La liberté de mouvement du statut de fonctionnaire m’a permis, à l’occasion de périodes de disponibilité plus ou moins longues, de connaître d’autres horizons, et tout particulièrement de participer à la création de l’ONG blueEnergy en lançant les activités d’accès à l’électricité à Bluefields (Nicaragua) en 2004. Ces premières années sont faites d’aller-retours entre la France et le Nicaragua, et en 2009, je décide de me consacrer à temps plein à l’entreprenariat social dans le domaine du développement durable (énergies renouvelables et accès à l’eau) et nous déménageons à Managua.

Après près de 10 ans de fonction publique et d’expérience en ONG, je suis alors tenté de changer de monde une nouvelle fois et me lance dans le secteur privé : je codirige depuis quelques années PELICAN une entreprise d’ingénierie et de conseil basée à Managua, spécialisée dans les services au secteur énergétique et les renouvelables.

2. Pourquoi avoir choisi le Nicaragua ?

Le Nicaragua s’est imposé à moi ! La création de blueEnergy fut la raison primordiale de mon premier voyage en 2003. L’ONG, que nous cofondons avec Mathias et Guillaume Craig est la conséquence des croisements depuis les années 1980 entre les recherches scientifiques (en linguistique) de nos parents, notre amitié d’enfance et des parcours familiaux. Je crois en fait avoir choisi deux fois le Nicaragua : d’abord la côte caraïbe en 2004, puis Managua en 2009. Je perçois ces deux régions comme presque deux pays différents.

3. Présentez en quelques lignes votre entreprise

PELICAN est une PME d’ingénierie et de conseil, de statuts nicaraguayens, créée en 2012, sur la base d’un actionnariat détenu à 50% par des résidents français au Nicaragua. Elle emploie aujourd’hui 25 techniciens et ingénieurs locaux et internationaux et offre ses services pour la conception et l’accompagnement de projets de distribution ou de génération électrique (sous habilitation de l’entreprise de distribution DISNORTE-DISSUR), ainsi que l’opération et la maintenance de centrales de génération. Au niveau consulting, l’activité de PELICAN est diversifiée entre secteur privé (industrie, banque, etc..) et public : Ministère de l’Energie, ainsi que les grandes banques multilatérales, l’Agence Internationale des Energies Renouvelables (IRENA), l’Organisation Latino-Américaine de l’Energie (OLADE) et les Nations Unies.

4. Présentez en quelques lignes votre vision de votre secteur d’activités au Nicaragua

Le Nicaragua est dirigé depuis 2007 par Daniel Ortega qui a créé une forte stabilité politique, développé les infrastructures, et a garanti une sécurité urbaine bien supérieure aux pays voisins, et obtenu de bons résultats macro-économiques (près de 5% de croissance annuelle). Mais le développement est très inégal, comme souvent en Amérique latine, et de larges franges de la société n’en bénéficient pas. Dans ce contexte, le secteur de l’énergie au Nicaragua présente de nombreux défis, en particulier la petite taille de son marché, le manque d’infrastructures modernes, et le peu d’années d’existence des institutions de régulation et de planification (Ministère de l’Énergie et des Mines créé en 2007). Mais il connaît aussi un fort développement causé par le rattrapage progressif avec les pays voisins, poussé par l’intégration des pays de la région. La forte dépendance des hydrocarbures, notamment d’origine vénézuélienne, est peu à peu compensée par l’entrée de nouveaux acteurs dans le domaine de la génération d’électricité, aujourd’hui produite à plus de 50% par des sources renouvelables : biomasse, géothermie, éolien et hydroélectricité.

5. Dans combien de temps estimez-vous avoir un retour sur investissement ?

PELICAN a été créé avec des fonds propres et n’a pas de dette structurelle. La croissance du chiffre d’affaires a été entre 5% et 10% par an depuis sa création.

6. Vos réactions suite à l’attribution du prix IDEAS d’innovation énergétique de la Banque Interaméricaine de Développement (BID)

Nous avons eu l’honneur de gagner la version 2015 du concours d’innovation énergétique promu par la Banque Interaméricaine de Développement (BID), et soutenu par le Mexique et la Corée du Sud. Ce prix a été attribué à un projet développé en commun avec des élèves doctorants de l’Université de Californie Berkeley et l’Université d’Ingénierie du Nicaragua (UNI). Nous sommes enthousiastes à l’idée de pouvoir étudier le rôle positif que peut apporter la déconnexion opportune et contrôlée de dispositifs thermiques (A/C, réfrigérateurs, etc..) dans la gestion en temps réel de la qualité du réseau électrique (voltage et fréquence) impacté par la forte pénétration de sources intermittentes : 20% d’origine éolienne (un record sur le continent !) et près de 15% de source hydroélectrique « au fil de l’eau » en 2015.

7. Comment caractériseriez-vous le processus de soumission de cette candidature au prix (temps de préparation, ressources, difficulté, etc.) ? Auriez-vous des recommandations pour de potentiels candidats à l’avenir ?

Le concours IDEAS de la BID en est à sa 5è édition, il est bien doté, et commence à être connu en Amérique Latine. Cependant, les règles de propriété intellectuelle sont très strictes et je me joins aux recommandations de l’équipe organisatrice de bien les prendre en considération avant de candidater.

8. Suite à l’attribution de ce prix, quels seront les bénéfices pour PELICAN SA à court, moyen et long terme, selon vous ?

Le bénéfice principal attendu des recherches financées par le Prix IDEAS est une administration plus efficace et moins coûteuse du réseau électrique national. Pour PELICAN, c’est l’occasion de collaborer avec des équipes scientifiques de pointe et de participer avec des propositions novatrices dans le débat national sur l’évolution nécessaire de l’infrastructure électrique du pays.

9. Parlez-nous de votre impression générale sur les démarches administratives liée à l’installation au Nicaragua/la création de votre entreprise

Les démarches administratives au Nicaragua sont un art. Il faut s’armer de patience et bien connaître la culture locale pour s’assurer du résultat. Le chemin le plus efficace est rarement le plus court ou le plus simple.

10. Parlez-nous de vos impressions générales sur les conditions de vie au Nicaragua et sur les atouts de ce pays. Quelques conseils aux français intéressés pour investir ou venir s’installer au Nicaragua ?

Le Nicaragua est un pays très particulier dans la région, qui ne correspond pas à l’idée qu’on se fait de l’Amérique Centrale en Europe, principalement parce qu’il est très accueillant et sûr. Son retard de développement est une grande opportunité, car il reste beaucoup à faire ! Y travailler est par contre un défi et je recommande à tous ceux qui s’y intéressent de contacter d’abord des entrepreneurs établis, chambres de commerce et autres institutions qui conseillent les investisseurs (PRONicaragua).

11. Contacts utiles

Pelican SA : www.pelicansa.com

Profil et parcours profesionnel : https://www.linkedin.com/in/lalmarandin

blueEnergy France : www.blueEnergy.fr

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Dernière modification : 15/02/2016

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