Commémoration du 11 novembre 1918 - Discours de l’Ambassadeur de France

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Commémoration de l’Armistice du 11 novembre 1918 Discours de l’Ambassadeur de France León, Nicaragua - 11 novembre 2020

Monsieur le Ministre, Cher Denis Moncada,
Monsieur le Maire,
Madame la Conseillère des Français de l’Etranger,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et notamment Monsieur l’Ambassadeur d’Allemagne, Liebe Christoph,
Messieurs les anciens de nos forces armées, établis ici au Nicaragua, dont je salue le dévouement et la fidélité à notre pays,
Madame la Proviseure et Mesdames et Messieurs les représentants du corps enseignant de notre Lycée Victor Hugo,
Chers amis nicaraguayens,
Chers compatriotes,
Mais surtout chers enfants,

Permettez-moi tout d’abord d’avoir une pensée en ce jour pour les victimes de l’ouragan Eta, qui a cruellement frappé le Nicaragua. J’ai également une pensée pour ceux qui, aujourd’hui à Djeddah en Arabie Saoudite, réunis pour les mêmes raisons que nous ici à León, ont été victimes d’un lâche attentat.

Nous venons dans cette Cathédrale de Léon, où repose le héros emblématique de l’engagement du Nicaragua dans la Grande Guerre, rendre hommage à nos morts, ceux qui ont donné leur vie pour la Patrie, pour défendre le sol sacré de leur pays.

Cette cérémonie est également l’opportunité de saluer la mémoire des millions de combattants de tous pays jetés dans l’enfer de la guerre par les forces du nationalisme. Une guerre dont l’issue porte en elle les germes d’un deuxième conflit mondial qui entraînera l’humanité au bord de l’abîme. Ces germes, ce sont ceux du Traité de Versailles, signé dans la Galerie des Glaces en 1919, là même où le 18 janvier 1871 fut proclamé l’Empire Allemand. Un traité, donc, sous le signe de la revanche et non de la réconciliation, symbole aujourd’hui d’une guerre gagnée mais d’une paix perdue.

10 millions de morts.
6 millions de blessés et mutilés.
6 millions d’orphelins.
3 millions de veuves.
Des millions de victimes civiles.
1 milliard d’obus tirés sur le seul sol de France.

Les blessures étaient profondes.

Le temps à fait son œuvre et nous commençons collectivement à écrire et comprendre notre histoire, par-delà les frontières d’une Europe désormais unie autour d’une France et d’une Allemagne dont l’amitié est le pilier indestructible de la paix entre européens.

Les blessures étaient si profondes qu’il aura fallu qu’un deuxième conflit armé éclate, entraîné par l’humiliation, l’esprit de revanche, la crise économique et morale qui ont nourri la montée des nationalismes et des totalitarismes. La guerre de nouveau, vingt ans plus tard, est venue ravager les chemins de la paix. Mais il aura fallu aussi le courage d’hommes clairvoyants, de précurseurs comme Briand et Stresemann, comme De Gaulle et Adenauer, comme Schuman, Hallstein et Monnet pour que nos Nations tournent enfin le dos à la guerre.

Nous savons, à l’instar de Stefan Zweig et de Paul Valéry, de Primo Levi, d’Hannah Arendt et d’Eugène Ionesco que les forces du nationalisme, du totalitarisme et de l’obscurantisme sont tapies dans l’ombre, quand elles ne s’exposent pas au grand jour. C’est le sens de cette cérémonie d’entretenir le souvenir de ceux qui ont été les victimes civiles et militaires de ce Léviathan : honorer nos morts, c’est aussi faire d’eux des messagers pour notre jeunesse, pour la mettre en garde devant les périls de notre société, de ses dérives, la mettre en garde contre la douce illusion d’une histoire qui serait à l’arrêt. Oui, la civilisation est mortelle. Le confort de la démocratie n’est pas un acquis ; la liberté s’entretient, se défend. Elle ne s’oppose jamais au progrès social. Je reprends vos mots, que je fais miens, cher Christoph, publiés à l’occasion de votre fête nationale dans la presse nicaraguayenne : il n’y a pas de paix sans liberté. Ces mots, vos mots, sont aussi les mots de la France. Les leçons du passé doivent être retenues pour mieux comprendre les dangers qui nous menacent.

Comme l’a souligné le Président de la République, « la leçon de la Grande guerre ne peut être celle de la rancœur d’un peuple contre les autres, pas plus que celles de l’oubli du passé ». Ce message de réconciliation, c’est le legs de l’Allemagne et de la France au monde. C’est pourquoi, 102 ans après la fin de la première guerre mondiale, nous continuons de célébrer l’Armistice du 11 novembre 1918 et nous n’oublions pas les Nicaraguayens qui ont versé leur sang sur le sol de notre patrie :

- Salomón de la Selva, de la ville de León, où nous nous trouvons aujourd’hui ;
- Salvador D’Arbelles, de Corinto ;
ont servi dans les armées britanniques.

Dans l’armée française, ont combattu :

- Enrique Solórzano Díaz, du régiment de marche de la Légion étrangère. Il a participé à la bataille de Dommiers où il a été blessé le 18 juillet 1918 et a reçu la Croix de Guerre et la médaille militaire, décorations importantes qui récompensent des actions héroïques. Il est le Nicaraguayen le plus décoré de la Première Guerre Mondiale.
- Roberto Feuillebois Lacayo, né à Managua, fils de Mme Mélida Lacayo et de Charles Feuillebois.
- Le médecin Alfredo César, qui a exercé les fonctions de médecin militaire dans cette guerre, car il avait étudié et vécu en France ;
- Le médecin aide major de 1ère classe Salvador de Jesús Chamorro, du 22ème régiment d’artillerie, oncle du président Emiliano Chamorro. Salvador Chamorro, a étudié en France, il est mort pour la France à 31 ans, le 30 octobre 1916.

Ils ont servi dans l’armée française aux côtés du dernier vétéran de la Grande Guerre, Lazare Ponticelli, qui est mort le 12 mars 2008.

Avec sa disparition, le sens et la portée symbolique de la commémoration de cette date historique ont évolué. Elle est aussi devenue un jour d’hommage à l’ensemble de ceux qui sont « Morts pour la France », comme Salvador Chamorro. Nous rendons en particulier hommage aux combattants morts en opérations extérieures. En ce jour de recueillement, les cérémonies annuelles du 11 novembre honorent aussi les militaires morts pour la France au cours de l’année écoulée.

Du Sahel à l’Euphrate, partout où cela est nécessaire et toujours, Monsieur le Ministre, dans le cadre du droit international, les armées françaises continuent de livrer le combat pour notre liberté et notre sécurité collective. Leurs martyrs, nos martyrs, ont rejoint cette cohorte éternelle qui, peut-être, veille sur nous, mais dont le souvenir du sacrifice nous oblige et doit perdurer. Ils sont vingt-deux, tombés au champ d’honneur, morts en opérations extérieures au depuis le 11 novembre 2019. Je vous demande de vous lever alors que je les cite, pour que nous ne les oublions pas :

Au Mali

Lieutenant Pierre BOCKEL
Adjudant-chef Julien CARRETTE
Capitaine Romain CHOMEL DE JARNIEU
Brigadier Kévin CLEMENT
Maréchal des Logis Valentin DUVAL
Capitaine Clément FRISONROCHE
Capitaine Benjamin GIREUD
Sergent-Chef Andreï JOUK
Maréchal des Logis Chef Jérémy LEUSIE
Brigadier Cherf Dmytro MARTYNYOUK
Capitaine Nicolas MÉGARD
Lieutenant Alex MORISSE
Maréchal des Logis Chef Alexandre PROTIN
Brigadier Tojohasina RAZAFINTSALAMA
Brigadier Chef Romain SALLES-DE-SAINT-PAUL
Maréchal des Logis Antoine SERRE
Maréchal des Logis Sébastien TEXIER
Brigadier Arnaud VOLPÉ

au Tchad

Caporal Chef Andy FILA

au Burkina Faso

Sergent Chef Morgan Henry

en République Centrafricaine

Adjudant Jean-Bernard RUSSON

au Liban

Caporal Volodymyr RYBONTCHOUK

Monsieur le Ministre,
Chers amis,
Chers enfants,

Nos morts, ce que nous avons de plus cher, nous parlent. Ils nous commandent de porter le message de leur sacrifice. En leur nom, la France et l’Allemagne se sont réconciliées après s’être affrontées pas moins de trois fois en soixante-dix ans. A trois générations marquées par la haine ont succédé celles mues par la paix. C’est pourquoi nous commémorons désormais cet anniversaire ensemble, fraternellement, la main dans la main, comme une promesse pour l’entente entre les peuples portées par deux nations devenues sœurs.
Avant d’entendre un poème de Salomon de la Selva et de rendre hommage à nos morts, j’ai le plaisir et l’honneur de céder la parole à S.E. M. Christoph Bundscherer, Ambassadeur de la République d’Allemagne au Nicaragua.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 12/11/2020

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